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FRANCOIS RABELAIS (1494-1553 ou 1554)

 

Non seulement parce qu’il a écrit qu’il fallait « boire frais et manger salé » devise qui semble écrite pour le rosé de Provence, mais surtout parce qu’il était docteur en médecine et qu’il a atteint les soixante ans à une époque ou la plupart des gens mourraient avant d ‘en avoir quarante.

Son œuvre est d’ailleurs placée sous le signe du vin des premiers mots :  « Buveurs très illustres et vous, vérolés très précieux (car à vous, non à autres sont dédiés mes écrits) » jusqu’aux derniers puisque le quart livre et le cinquième livre racontent le voyage de Panurge et ses amis vers l’oracle de la Dive(divine) bouteille.

On peut citer aussi au passage la naissance de Gargantua dont les premiers cris sont  « à boire, à boire, à boire » et à qui on donne à boire avant de le baptiser, et la règle de ce même Gargantua pour savoir quand il faut s ‘arreter de boire :

« car il disait que les limites et bornes de boire étaient quand, la personne buvant, le liège de ses pantoufles enflait en hauteur d’un demi pied »

Rien à voir, vous le voyez, avec la limite légale ou avec « un verre ça va, trois verres bonjour les dégats » mais bon, c’est vrai qu’à l’époque de Rabelais(né deux ans après la découverte de l’amérique) on roulait moins vite. On mesurait d’ailleurs les trajets non pas en Kilomètres(le système métrique est une invention de la période révolutionnaire) ni d’ailleurs même en lieues mais en jours ou en semaines, et on risquait plus d’entrer en collision avec le couteau d’un brigand de grand chemin qu’avec la charrette d’en face.

Les œuvres de Rabelais :

1532- Les horribles et espoventables faictz et prouesses du très renommé Pantagruel Roy des dipsodes, fils du grand géant Gargantua, composez nouvellement par maistre Alcofribas Nasier

portrait de Rabelais

1534- La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel.

1546- Le Tiers Livre

1552- Le Quart Livre

1564- Le Cinquième Livre

 

Un des passages les plus intéressants à propos du vin et du style de Rabelais est celui où apparaît frère Jean des Entommeures.

L’épisode se situe au début de la guerre que Picrochole le roi voisin de Grandgousier, veut faire au père de Gargantua sous prétexte que ses boulangers se sont battus avec les bergers de Grandgousier. L’armée de Picrochole attaque par surprise et ne pouvant prendre l’abbaye de Seuillé se contente d’en detruire les vignes(Gargantua chapître 27) :

En l'abbaye était pour lors un moine claustrier nommé frère Jean des Entommeures , jeune, galant , frisque , de hait , bien à dextre, hardi, aventureux, délibéré, haut, maigre, bien fendu de gueule , bien avantagé en nez, beau dépécheur d'heures, beau debrideur de messes, beau décrotteur de vigiles, pour tout dire sommairement vrai moine si oncques en fut depuis que le monde moinant moina de moinerie, au reste clerc jusques ès dents en matière de bréviaire.
 Icelui, entendant le bruit que faisaient les ennemis par le clos de leur vigne, sortit hors pour voir ce qu'ils faisaient, et avisant qu'ils vendangeaient leur clos auquel était leur boire de tout l'an fondé, retourne au choeur de l'église où étaient les autres moines, tous étonnés comme fondeurs de cloches, lesquels voyant chanter ini,nim, pe, ne, ne, ne, ne,ne,ne, tum, ne, num, num, ini,i, mi, i, mi, co, o, ne, no, o. o, ne, no, ne, no, no, no, rum, ne, num, num: '" C'est, dit-il, bien chien chanté. Vertus Dieu! que ne chantez-vous: Adieu paniers, vendanges sont faites ? Je me donne au diable s'ils ne sont en notre clos, et tant bien coupent et ceps et raisins qu'il n'y aura, par le corps Dieu ! de quatre années que halleboter dedans. Ventre saint Jacques ! que boirons-nous cependant, nous autres pauvres diables ? Seigneur Dieu, da mihi potum !

Lors dit le prieur claustral: " Que fera cet ivrogne ici ! Qu'on me le mène en prison. Troubler ainsi le service divin ! "
"- Mais, dit le moine, le service du vin , faisons tant qu'il ne soit troublé, car vous-même, monsieur le prieur, aimez boire du meilleur: si fait tout homme de bien. Jamais homme noble ne hait le bon vin: c'est un apophtegme monacal. Mais ces répons que chantez ici ne sont, par Dieu ! point de saison. (…)Ecoutez, messieurs, vous autres qui aimez le vin : le corps Dieu, si me suivez ! Car hardiment que saint Antoine m'arde si ceux tâtent du piot qui n'auront secouru la vigne ! Ventre Dieu, les biens de l'Eglise ! (...)
  Ce disant, mit bas son grand habit et se saisit du bâton de la croix qui   Es uns écrabouillait la cervelle, ès autres rompait bras et jambes, ès avalait le nez, pochait les yeux, fendait les mandibules, enfonçait les dents en la gueule, décroulait les omoplates, sphacelait les grèves dégondait les ischies, débezillait les faucilles.
Si quelqu'un se voulait cacher entre les ceps plus épais, à icelui froissait toute l'arête du dos et l'éreinait comme un chien. Si aucun sauver se voulait en fuyânt, à icelui faisait voler la tête en piéces par la commissure lambdoide". Si quelqu'un gravait en une arbre, pensant y être en sûreté, icelui de son bâton empalait par le fondement. Si quelqu'un de sa vieille connaissance lui criait: «  Ha ! frère Jean, mon ami, frère Jean, je me rends ! » « II t'est, disait-il, bien force ; mais ensemble tu rendras l'âme à tous les diables ». Et soudain lui donnait dronos. Et si personne tant fut épris de témérité qu'il lui voulut résister en face, là montrait-il la force de ses muscles. Car il leur transperçait la poitrine par le médiastin et par le cœur ; à d'autres donnant sur la faute des côtes, leur subvertissait l'estomac, et mouraient soudainement; ès autres tant fièrement frappait par le nombril qu'il leur faisait sortir les tripes. Croyez que c'était le plus horrible spectacle qu'on vit oncques.
Les uns criaient: « Sainte Barbe ! », les autres « saint Georges ! », les autres «  sainte Nitouche ! », les autres « Notre-Dame de Cunault, de Lorette, de Bonnes Nouvelles, de la Lenou, de Rivière!». Les uns se vouaient à saint Jacques: les autres au saint suaire de Chambéry ...

Pour ceux qui n’auraient pas trouvé ce passage assez clair on ne plaisante pas avec le vin et on voit qu’il est toujours lié à la religion.

Peut-être même l’est-il encore plus chez Rabelais avec l'oracle de la DIVE BOUTEILLE qui constitue le recours ultime. Après avoir passé en revue les plus grandes autorités morales Panurge doit aller consulter cet oracle, seul capable de lui dire s'il doit ou non se marier.
 Le mot de la BOUTEILLE est on ne peut plus clair:"TRINCH" c'est à dire "BOIS"

"Et ici maintenons que non rire, ains boire est le propre de l'homme, je ne dis boire simplement et absolument, car aussi bien boivent les bêtes, je dis boire vin bon et frais. Notez, amis, que de vin divin on devient, et n'y a argument tant sur, ni art de
divination moins fallace. Vos académiques l'affirment, rendant l'étymologie de vin, lequel ils disent en grec oinos, être comme vis, force, puissance, car pouvoir il a d'emplir l'âme de toute vérité, tout savoir et philosophie. Si avez noté ce qui est en lettres ioniques écrit dessus la porte du temple, vous avez pu entendre qu'en vin est vérité cachée. La  dive Bouteille vous y envoie: soyez vous-mêmes interprètes de votre entreprise
".

Bien sur certains soutiennent qu'il s'agissait pour Rabelais(qui participait à la RENAISSANCE) d'inciter ceux qui cherchaient des réponses à les chercher à la source(c'est à dire à boire directement la vie et les oeuvres de l'antiquité) au lieu de passer par le filtre de la foi et de l'Eglise. Si on veut, pourquoi pas, de toute façons il va pas nous le dire.

 Ce qui est sur c'est ce qu'il a écrit: décidez vous-mêmes de ce que vous devez faire, mais si la décision est grave un bon vin pourra vous donner la sérénité et le recul nécessaire à une vrai réflexion(le lendemain matin de préférence...)

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