HOMÈRE
Un peu d'histoire: les évènements de l'Iliade et de l'Odyssée sont censés s'être déroulés entre 1250 et 1150 avant JC à peu près au même moment que la sortie d'Égypte des Hébreux sous la conduite de Moise . Homère, ou les poètes qu'on a rassemblés sous son nom aurait pu vivre au 8ème siècle avant JC. La mise par écrit de ces monuments de la littérature et de l'Histoire se fait au même moment à quelques années près au Vème siècle avant JC.
Mais je laisse la place à Homère, sachez seulement que le passage suivant est extrait du chant XI de l'Iliade, vers 625 à 645: Machaon qui est le médecin des Grecs (la moindre des choses pour le petit-fils d'Apollon et le fils d'Asclépios ou Esculape, Dieu de la médecine) a été blessé par Paris d'une flèche à trois pointes à l'épaule droite. Nestor, qui est le plus vieux et le plus sage des rois Grecs venus assiéger Troie pour récupérer Hélène et piller par-ci par-là au passage, le ramène au camp des Grecs pour qu'il puisse récupérer:
"Alors
leur prépara une boisson, un mélange, Hécaméde aux belles tresses, Qu'à
Ténédos
avait prise le vieillard, quand Achille saccagea la ville : fille
d'Arsinoos au grand coeur, les
Achéens l'avaient réservée pour Nestor,
parce qu'au conseil il l'emportait sur tous.
Vers eux, d'abord, elle poussa une table, belle, aux pieds de cyanos, bien
polie. Elle y posa
une corbeille
de bronze, elle y posa de l'oignon,
mets propre à faire boire, du miel
nouveau, et, à côté, de la farine d'orge
sacré; à coté, une coupe magnifique, que
de chez
lui avait apportée le
vieillard, parsemée de clous d'or. Elle avait quatre anses, et deux
colombes,
sur chacune d'elles, deux colombes d'or, buvaient; elle avait aussi deux
fonds.
Un autre aurait eu peine à l'enlever de la table, quand elle était
pleine; mais le vieux
Nestor, sans peine, la soulevait.
Dans cette
coupe, la femme semblable aux déesses mélangea
du vin de Pramné ; elle y
rapa du fromage de chèvre avec une râpe de bronze; elle
y répandit de la farine blanche;
et elle les invita à boire, quand elle eut préparé le mélange.
Après
avoir, en buvant, chassé tous deux leur soif aride, ils se divertirent à
causer ensemble."
« Et là gîtait un homme gigantesque, qui paissait ses brebis seul,
loin
des autres; car il ne les fréquentait pas et restait à l'écart, ne
connaissant aucune
loi. C'était un monstrueux géant; il ne ressem-
-blait même pas à un homme
mangeur de pain, mais à un pic boisé,
qui apparaît isolé parmi les hautes montagnes.
J'ordonnai alors à mes fidèles compagnons de rester prés du
vaisseau pour
le garder; et moi, avec douze des meilleurs que je
choisis, j'allai. Mais j'avais une
outre de chèvre pleine de vin noir,
si doux, que m'avait donné Maron, fils d'Evanthès,
le prêtre d'
Apollon, qui protège Ismaros, parce que nous l'avions épargné,
lui,
son enfant et sa femme, par
respect; car il habitait au milieu des
arbres d'un bois consacré à Phébus
Apollon; aussi m'avait-il fait
des dons brillants, sept talents d'or bien
travaillé, un cratère tout
en argent, et en outre un total de douze amphores qu'il avait
remplies d'un doux vin pur, breuvage divin; personne des serviteurs
ni des servantes de la maison ne savait où il le cachait; il n'y avait
dans le secret que lui, sa
femme et une seule intendante. Quand ils
voulaient boire du vin rouge, doux comme le miel, il
en remplissait
une seule coupe, qu'il versait dans vingt mesures d'eau, et
pourtant
il fleurait du cratère un bouquet divin; on n'eût pas souhaité alors
s'en
abstenir. J'en emportais une grande outre que j'avais remplie;
j'en avais aussi
dans un sac de cuir, qui ne me quittait pas ; car
tout de suite mon grand cur avait pressenti
qu un homme survien-
-drait revêtu d'une
grande force, un être sauvage, et
mal instruit
de la justice et des lois.
Nous arrivâmes à l'antre en diligence; mais il n'y était point : il
faisait paître au pacage ses grasses brebis. Entrés dans cet antre,
nous y admirions tout; des
claies ployaient sous le poids de
fromages, et des étables regorgeaient
d'agneaux et de chevreaux;
chaque âge était enclos par des cloisons; d'un
côté, les plus vieux;
d'un autre, les moyens: de l'autre, enfin, les jeunes; les vases
débordaient de petit lait, tous, jattes et terrines, étaient bien faits
pour la traite. Alors mes compagnons me
disaient, me priaient de
les laisser prendre tout d'abord des fromages avant de
nous en
retourner; puis de regagner vite le vaisseau rapide, après avoir fait
sortir des étables chevreaux et agneaux, et de naviguer sur l'onde
salée; mais je ne me laissai pas
convaincre, ce qui, pourtant, eut
bien mieux valu; je voulais le voir et
j'espérais qu'il me ferait des
présents d'hospitalité. Mais son apparition ne devait pas faire le
bonheur de
mes compagnons. »
En effet lorsque le
cyclope arrive et quUlysse lui demande, comme
cétait la coutume dans lantiquité,
le gîte et le couvert
« Je dis; et lui, d'un cur impitoyable, ne me répondait rien; mais,
s'étant élancé il porta les mains sur mes compagnons; il en saisit
deux
ensemble et les frappa contre terre comme de petits chiens;
leur cervelle coulait sur le sol et arrosait la
terre; puis, ayant
découpé leurs membres, il prépara son souper. Il les
mangeait
comme un lion nourri sur les monts; il n'en laissa pas entrailles,
chairs, os pleins de
moelle. »

Cest alors quon saperçoit
que dans une situation désespérée le vin
peut servir à autre chose quà
oublier :
Alors, moi, m'approchant, je m'adressai au Cyclope, tenant en main
une jatte
de vin noir : « Cyclope, tiens, bois ce vin, après la chair
humaine que
tu as mangée, pour savoir quelle bonne boisson cachait
là notre vaisseau. Je t'apportais
cette libation
Ainsi parlai-je, il prit la jatte et la vida. Et à boire le doux breuvage
il
sentit une joie formidable : il m'en demandait une seconde fois :
« Aie la gentillesse de m'en donner encore, et dis-moi tout de suite
ton nom; je veux te faire un présent d'hospitalité qui te réjouisse.
Sans
doute, pour les Cyclopes la terre qui donne le blé produit le
vin des
lourdes grappes, que gonfle la pluie de Zeus. Mais celui-ci
est pur jus
d'ambroisie et de nectar. Il parlait ainsi; je lui versai
donc une nouvelle
rasade de vin aux reflets de feu.
Je lui en apportai et donnai trois fois, et trois fois il but, l'impru-
-dent!
Puis, quand le vin eut enveloppé les esprits du Cyclope, alors
je lui adressai ces paroles
mielleuses:
" Cyclope, tu me demandes quel est mon nom fameux; je vais donc
te le dire.
Toi, fais-moi un présent d'hospitalité, comme tu l'as
promis. Personne, voila mon
nom. C'est Personne que m'appellent ma
mère, mon père, et tous mes compagnons. » Ainsi je dis; il me
repartit aussitôt d'un cur impitoyable : « Personne, je te
mangerai le dernier de tes compagnons; oui, tous les autres avant
toi; ce sera mon présent
d'hospitalité. »
Ce disant, il se renversa et tomba le ventre en l'air. Il était couché,
son
col épais ployé, et le sommeil le prenait, irrésistible dompteur.
De sa gorge jaillissaient du
vin et de la pitance humaine; il rotait
dans son ivresse.

Alors moi, je poussai le pieu sous la cendre épaisse, jusqu'à ce qu'il
fût
chaud. J'encourageai de mes paroles tous mes compagnons,
crainte que la peur ne
fît se dérober l'un d'eux. Dés que l'épieu d'
olivier, encore vert pourtant, fut
prés de flamber, répandant une
terrible lueur, alors je le tirai du feu et
l'approchai, et mes
compagnons se tenaient autour de moi : un dieu leur avait inspiré
grande hardiesse.
Ayant saisi l'épieu d'olivier, ils en appuyèrent la pointe sur le globe
de lil; moi, pesant dessus de tout mon poids, je le faisais tourner
sur lui-même : quand on fore le
bois d'un navire avec une tarière,
on enroule au pied de l'instrument une
courroie sur laquelle on tire
des deux côtés pour la mouvoir, et elle vire
toujours en la même
place; ainsi, tenant l'épieu aiguisé au feu, nous le
faisions virevolter
dans lil, et le sang jaillissait autour de la pointe brûlante, et
partout sur les paupières et les sourcils la
prunelle grillée sifflait et
les racines grésillaient sous la flamme. Quand un
forgeron trempe
une grande hache ou une cognée dans l'eau froide
pour la durcir,
le métal siffle fortement; mais ensuite grande est la
résistance du
fer. Ainsi sifflait lil du monstre autour de l'épieu
d'olivier.
Terrible fut le grand gémissement qu'il poussa; la roche le réperc-
-uta tout
alentour.
Et nous épouvantés, nous nous enfuîmes. I1 retira de son oeil
l'épieu souillé de sang. En délire, il le rejette loin de lui. Puis il
appelle à grands cris les Cyclopes, qui habitent les cavernes environnantes entre les pics battus des vents. Ceux-ci, entendant son cri,
accouraient de tous
côtés, et, réunis autour de l'antre, ils demandaient la cause de sa peine.
« Quelle douleur t'accable, Polyphéme, et pourquoi dans la nuit
immortelle as-tu poussé ces cris, qui nous ont réveillés? Est-ce qu'un mortel
entraîne malgré toi tes troupeaux, ou cherche-t-on à te tuer
par ruse ou violence ? »
Et du fond de l'antre, le fort Polyphéme leur répondit : « Qui
me
tue, amis? Personne, par ruse; nulle violence. » Ils lui adressèrent
en
réponse ces paroles ailées: " Si Personne ne te fait violence et
si tu es seul, c'est sans doute une maladie que
t'envoie le grand
Zeus et que tu ne peux éviter; invoque donc notre père, le puissant
Posidon! »
Ainsi parlèrent-ils en s'en allant; moi, je me mis à rire en mon cur,
en
pensant comme mon nom et mon habile tour les avaient abusés."
Par la suite Ulysse et
ses compagnons échappent au cyclope en
sattachant sous les moutons que le
géant doit laisser sortir de sa
caverne. Mais comme Ulysse veut que le cyclope
sache par qui il a
été vaincu (sinon cest pas drôle), il lui dit une fois
en mer son
véritable nom. Polyphème demande alors à son père Poséidon, le
dieu de la mer, de le venger : Ulysse ne reverra sa terre, sa femme
Pénélope et son fils Télémaque que dix ans plus tard.